Ski sur l’Etna (3329m)

du 9 au 13 février 2019

A l’aéroport de Catane (Sicile), au moment de partir, on ne voyait que lui à travers les immenses vitres. Il y avait de larges sourires sur les visages des membres du groupe, du plaisir, un peu de fierté même.
Retour en arrière.

Voici les 10 gais lurons (par ordre croissant d’âge) à l’aéroport de Bâle/Mulhouse :
Mathilde, Frédéric J,Jocelyn (43,89), Eric, Frédéric G,Christine (5x chut),Manu,Pierre (7x chut) et Angéline.

Il avait fallu optimiser la répartition des charges, apparier les housses de ski avec les sacs à chaussures de ski.
Certains se sont payés le luxe de prendre l’avion en chaussures de ski.

Dès notre arrivé à l’hôtel : premières négociations pour Manu et Federico avec Claudio suite à un « ajournement » (terme sicilien officiel !).
Manouel est incollable en Italien : il sait dire « Prrrrronto » !

Le lendemain matin, ouf, Frederico (le plus jeune de nous tous) nous rejoint. Parler l’Italien ne sera plus un problème jusqu’à la fin du séjour.

A la montée en bus nous observons les coulées du début des années 2000 qui ont recouvert la route, dévasté des équipements de la station de ski, des maisons. Des arbres morts alternent avec des zones non touchées ; certains, léchés par la chaleur cicatrisent leurs brûlures.

Notre montée de la face nord au sommet se fait sous un soleil généreux, notre équipe de 10 randonneurs évolue tranquillement (1500m D+).

Le littoral de la Calabre se dessine avec le détroit de Messine bien visible, les îles Éoliennes, le Stromboli plus au loin est accompagné d’un petit nuage.
Plus tôt le matin, certains avaient halluciné des avions dans les lueurs du soleil qui se levait : il s ’agissait de bateaux sur les reflets dorés de la mer !
Quel contraste entre le noir de la lave solidifiée et la blancheur de la neige.

Le vent se lève quand nous mangeons le midi. A notre altitude il souffle vers le Nord alors que plus haut, il propulse les cendres crachées par le volcan vers l’Est. En progressant nous observons ces immenses nuages de cendres blancs, gris, noirs avec parfois des projections qui se majorent.
Une odeur de cendre est perceptible quand nous atteignons le milieu du plateau alors que dans la dernière pente l’odeur du soufre est perceptible. La couleur de la neige se fonce progressivement. Des strates de cendres parfois de plusieurs centimètres d’épaisseurs apparaissent en fonction du travail du vent. S’agit-il des stigmates du dernier gros coup de colère de Typhon qui a paralysé les transports aériens le 25 décembre 2018 ?

Les derniers mètres se font à pied, le sol étant entièrement recouvert de cendre. Le vent est fort au sommet, les batteries se déchargent rapidement, les mains sans gants sont glacées en quelques instants. Quel bonheur de se réchauffer dans les fumerolles mais il ne faut pas trop s’y attarder ou s’en approcher sous peine de passer comme pour le proche détroit mythique, de Charybde en Scylla.

Surprenant de marché dans une boue de cendre d’où sort de la vapeur odorante. Non loin de là une fissure-crevasse rappelle l’instabilité de la zone et invite à la prudence : est-on sur de la roche, de la neige ? Le volume craché par le cratère à chaque instant est impressionnant.

La descente se fait au coucher de soleil, l’enneigement est globalement plus que satisfaisant mais plusieurs skieurs ont été pris par le froid. Nos deux septuagénaires nous impressionnent par leur résistance, leur technique et leur bonne humeur permanente.
Plus bas, « Il Guido Gouetto (Manouel !) » improvise un parcours ludique : sorte de bouleau-cross. Les arbres nous protègent du froid, le côté technique et "ski de combat" nous réchauffe dans une bonne humeur de groupe.
L’accueil est excellent au refuge Citelli, la douche est royale. Nous nous régalons au repas (remarquables steaks hachés entourés de tranches de fromage, grillés dans des feuilles de citronniers), Limoncello local offerto !

Le vent est très fort durant toute la nuit et persiste au matin, le gardien nous propose de nous déposer en voitures dans une zone plus abritée (mouais…).
Au cours de la montée, le sommet-cratère qui nous fascine se perd dans les nuages, retirant tout espoir d’y retourner.
Nous pique-niquons dans une cabane, quel plaisir de partager deux montées-descentes avec un télémarkeur sicilien qui s’est greffé au groupe (1000m D+).

Transfert en bus sur la face Sud au refuge CAI de Sapienza qui s’apparente plus à un trois étoiles. Ballade sur un petit cratère proche, sous des rafales de vent déstabilisantes. Avec le coucher de soleil sur la mer, la situation est exceptionnelle : les vidéos impressionnantes !
Encore différentes pasta délicieuses ainsi que les desserts ; Nerello mascalese offerto par les 2 boss, Limoncello local offerto !

Le lendemain, portage pour digérer le gargantuesque petit dej. Le « pain intégral » valait des points : miam. La neige dans la face Sud est moins abondante, très grise, avec beaucoup de rochers noirs multiformes qui se détachent dans les coulées de lave. Tout cela avec un lever de soleil sur la mer en contrebas : magnifique, de quoi faire des photos superbes !

Après 600m D+ nous sommes surpris par une tempête de neige qui nous oriente vers l’arrivée de la télécabine. Difficile de croire qu’un peu plus bas nous avions admiré des orangers et des citronniers chargés de fruits, des cactus, des palmiers et les mimosas en fleurs !
Se réchauffer, choisir entre descente par le télécabine, portage ou participer à la fête des semelles et des carres !
Le vent a déposé de la poudre dans quelques combes entre des coulées. Les porteurs sont rapidement convertis par l’excitation, les vannes et les traces laissées en ski cendring ♥ʀ ( ou ski Sandring pour plus de douceur : appellation protégée F J !!!). Finalement les skis ont bien supporté.

Retour sous la neige à Catane, notre chauffeur Tino qui avait effectué de remarquables dépassements à l’ITALIENNE s’est calmé !
Promenade dans le centre : c’est la Santa Agatha. Les Siciliens semblent très croyants et pratiquants : d’immenses cierges sont allumés quelques instants avant d’être jetés dans un container. D’imposantes stèles en bois sont déplacées dans les rues par de puissants Siciliens : l’effort semble titanesque ! (il faut bien cela pour se protéger des colères de l’Etna…).

De généreuses et délicieuses pizzas nous sont servies dans la pizzeria repérée par Manu et Eric.
Nous sommes ravis par la capacité que peut contenir une bouteille Sicilienne de vin.
Bonne humeur, chansons, blagues sont au programme, Limoncello local offerto ! (Bon d’accord c’était pour libérer de la place vu l’affluence !).
Pierre et Manu investissent dans des trompettes pour participer au défilé. Les chaussures de ski de fond font fureur pour la danse ; promenade pour le retour au local CAI de Catane sans passer par la plage.

Lors du vol retour, un ciel globalement dégagé nous a permis de profiter des côtes italiennes, des iles volcaniques, du Vésuve, des massifs (dont la Corse, les Alpes), des plaines avec les méandres gracieux des fleuves.

Merci et bravo à Manu pour l’organisation, la bonne humeur. Merci à nos deux interprètes italiens.

Joyce de Pontarlier